Ecole Waldorf Steiner : l’éducation par l’art

(C) Erigeneia
(C) Erigeneia

« Il faut que l’art enflamme et embrase l’éducation. Pendant la période scolaire, mais aussi pendant tout le cours de la vie humaine, la beauté doit régner, la beauté comme interprète de la vérité. Ceux qui n’ont pas appris à conquérir la vérité à travers la beauté ne pourront jamais accueillir cet élément pleinement humain qui arme contre les exigences de la vie. C’est seulement en saisissant le monde d’une façon artistique que l’on parvient à la vérité vivante, autrement on parvient qu’à une vérité morte », Rudolf Steiner [La rencontre des générations]

Dans l’enseignement des écoles Steiner Waldorf, l’art est intimement lié à l’enseignement de toutes les matières. Mais il est bien sûr aussi enseigné pour lui-même.

Pourquoi l’art à l’école ? Les arts plastiques et les arts musicaux constituent une polarité qui agit profondément sur le développement de l’enfant. Les Grecs parlaient déjà d’Apollon et de Dyonisos (divinités protectrices de l’art) comme de deux principes fondamentaux de l’âme humaine. Steiner retrouve ces notions en attirant l’attention sur le fait que l’enfant qui grandit est soumis à deux sortes de forces différentes. Les premières, issues de la tête où elles sont concentrées pendant la petite enfance, rayonnent du haut vers le bas. Ce sont des forces plastiques qui sculptent, modèlent le corps de l’intérieur vers l’extérieur. Les arts plastiques qui sculptent sur ces forces : dessin de formes, peinture, modelage, sculpture. La pratique de ces arts fortifie les formes plastiques tout en les « retenant », en les empêchant de faire « pousser » l’enfant trop vite.

Les deuxièmes forcent qui agissent sur l’enfant viennent vers lui du monde extérieur et le pénètrent du bas vers le haut. Ce sont des forces de « chaotisation ». Elles agissent principalement dans le métabolisme et se manifestent surtout au moment de la puberté. La musique agit directement sur ces forces. Elle les harmonise, et les tempère ; l’enfant eut d’avantage les maîtriser. Steiner résume cela en disant « Un élément dionysiaque rayonne à travers l’enseignement de la musique et un élément apollinien se manifeste à travers l’enseignement des arts plastiques ».
Le premier vivifie ce qui a tendance à se scléroser, le second harmonise ce qui pourrait apporter le chaos.
Les disciplines artistiques permettent aux élèves de réaliser une véritable expérience esthétique tandis que l’histoire de l’art conduit à comprendre que l’évolution de la beauté est reliée à celle de la conscience humaine.

La musique

La musique est avant tout un rythme qui se Prolonge dans le système rythm1qu e de l’être humain: celui-ci devient lui-même lyre ou violon. Ses rythmes intérieurs reproduisent ce que jouent les instruments. Il en est ainsi de la musique et, d’une manière plus subtile encore, de [a sculpture et de la peinture. Tout [‘enseignement peut avoir une portée éducative profonde s’il revêt une forme artistique.
La musicalité de l’enfant est développée et nourrie tout au long de la scolarité. Outre les cours de musique, l’eurythmie, les langues et la partie rythmique du cours principal (surtout dans les petites et moyennes classes) cultivent cette musicalité : il est bon que chaque enfant chante et joue d’un instrument d’orchestre, afin que vive une vraie culture musicale. Les grands élèves présentent de véritables concerts d’œuvres de grands compositeurs {Bach, Haendel, Mozart, Schubert, etc …).

Ecole Perceval
Ecole Perceval

Dans quel but? Peut-être les élèves abandonneront-ils leur instrument ; ils auront pu cependant éprouver de l’intérieur la structure d’une œuvre majeure, le processus de création du compositeur.
Cette expérience peut demeurer unique, chaque enfant s’en trouvera néanmoins fortifié. L’adolescent doit être aussi capable de conserver sa liberté d1écoute et de création face au déferlement actuel de musiques préfabriquées porteuses d’une image de l’homme déstructurée. Il est juste de satisfaire un jour à une mode; mais à condition de porter en soi ce qui permet ensuite de s’en libérer !
L’exercice quotidien d’un instrument avec les répétitions que cela exige, harmonise et affine la vie des sentiments. C’est aussi un des meilleurs moyens de fortifier la volonté. L’art procure un plaisir toujours renouvelé. Il a le pouvoir de stimuler continuellement. Il est source inépuisable de fraîcheur et de mobilité intérieure.
Quant au travail en commun au sein d’un orchestre et d’un chœur, il constitue un merveilleux champ d’exercice à la vie sociale : il faut y apprendre à affirmer sa propre voix tout en s’insérant à l’unisson d’un ensemble complexe qui se modifie constamment.

(C) Waldorf homeschoolers
(C) Waldorf homeschoolers

La peinture

La peinture est pratiquée tout au long de la scolarité. L’approche des couleurs s’opère de façon objective selon la théorie de couleur de Goethe. Pour Goethe, à l’inverse de Newton, la lumière n’est pas composite. Les couleurs naissent de la rencontre entre la lumière et l’obscurité. Toute manifestation colorée naît d’un affrontement dynamique entre clarté et ombre. Chaque couleur possède une âme dont la qualité varie selon la place qu’elle occupe, à proximité des ténèbres ou de la lumière. Ainsi les enfants apprendront à découvrir le caractère propre de chaque couleur et les diverses associations qui peuvent en résulter.
Au jardin d’enfants, avant sept ans, le petit enfant fait cette expérience au niveau de sa volonté, il est tout « action », « découverte ». Son âme vagabonde avec le jaune joyeux et rayonnant, le bleu l’invite à s’intérioriser tandis que le rouge suscite plutôt en lui le courage.

Peu à peu, entre 7 et 14 ans, les enfants apprennent à ressentir, à faire vibrer les couleurs entre ombre et lumière. De ces couleurs naissent des images. Ainsi verrons-nous apparaître des illustrations de récits contés en cours, de plantes étudiées en botanique, d’animaux approchés en zoologie, de paysage divers découverts en géographie, de portraits travaillés en histoire, etc…
Puis l’étude de la couleur tend à laisser le pas au clair-obscur qui correspond aux contrastes de la puberté. Après avoir acquis le sens de l’ombre et de la lumière, un retour progressif à la couleur favorise l’éclosion de la création personnelle.
La sensibilité, les forces d’imagination et de création sont alors mises au service d’une expression juste et vraie.
Le dessin procède d’une activité toute différente. Les enfants commencent par travailler des formes pures, élémentaires : droites et courbes, cercles et spirales … Ces formes deviennent ensuite plus élaborées: frises, formes symétriques, aux multiples métamorphoses. L’enfant se lie à l’élément plastique et rythmique des formes. Celui qui modèle la forme pure d’une ligne et collabore intérieurement a son cours saisit son geste et sa sonorité. Il appréhende ainsi directement les forces formatrices plastiques et architecturales qui organisent son propre corps. Dans les dernières classes, la copie des œuvres de grands artistes permet d‘apprécier le degré de difficulté lié à un travail d1une précision et d1une exigence.

Le modelage

Les enfants s1 exercent au modelage dès le jardin d’enfants. Ils réalisent de pet1ts sujets avec des plaquettes de cire qu’ils réchauffent dans leurs mains. Plus tard, en quatrième ou cinquième

Classes, ils façonnent des animaux en argile. Il ne s’agit pas d’imiter et de reproduire des formes extérieures: en se liant à la forme et à la nature de l’animal, les enfants en traduisent tout le dynamisme dans la terre et créent sans modèle1 à partir d1une boule de terre, une biche qui saute, un lapin qui court, un oiseau qui vole !
La volonté s’exprime ainsi sans intermédiaire: la terre garde en elle tous les gestes. L’enfant s’interroge constamment: où dols-je agir ? Que dois-je rectifier ? Le matériau répond aussitôt.
Le regard et le geste sont un. La ressemblance obtenue n’est pas seulement formelle. Les plus grands font de même pour saisir la silhouette ou la tête humaine. En douzième classe, les élèves sculptent la pierre. Ici, la difficulté est extrême: aucune correction n’est possible.

Ecole Perceval
Ecole Perceval
(C) freie Waldordshule Bremen Hosterholz
(C) freie Waldordshule Bremen Hosterholz

L’eurythmie

L’eurythmie, nouvel art du mouvement né d’après les indications de Steiner, est pratiquée dans toutes les classes. Cette activité réunit en elle ce qui caractérise les arts de la parole et de la musique d’une part, et les arts plastiques d’autre part. Tout ce que l’eurythmie accomplit, elle le fait au moyen du corps mais elle est en même temps pénétrée, jusque dans le moindre petit geste, par l’âme et l’esprit.
Notre langage parlé est en fait un geste du corps dont nous avons perdu conscience.
Avec l’eurythmie, le corps devient moyen d’expression. Les forces propres du langage et de la musique y sont saisies, exprimées, elles agissent et se manifestent jusque dans le mouvement corporel. Chaque voyelle ou consonne, chaque note, chaque intervalle, chaque rythme crée une forme sonore spécifique que l’eurythmie permet de traduire en mouvement et en déplacement du corps dans l’espace selon des formes exécutées par une personne ou par un groupe.

Dans les jardins d’enfants déjà1 on voit les petits en suivant l’histoire de la belle rOse, arrondir leurs petits bras potelés pour faire un bel O, ou les ouvrir tout grand en A dans l’admiration d’un bel Arbre. Dans leurs mains, ils martèlent le E, parce qu’ils sont des nains qui veulent forgER ;  ils roulent le R comme une Roue et font onduler le V comme les Vagues. C’est par l’imitation seule qu’ils apprennent les gestes dans un jeu encore tout inconscient. La musique incite les pas à être plus rapide ou plus lents. Les mouvements volontaires et chaotiques s’ordonnent ; tout l’être de l’enfant s’imprègne de rythmes musicaux.

A notre époque, l’influence de la spécialisation des fonctions sociales dégrade gestes et comportements parfois jusqu’au pathologique. Notre civilisation tend à produire une scission des forces de l’âme. Elle fait l’homme un consommateur passif et affaiblit sa force personnelle d’initiative. L’homme moderne a essentiellement besoin de forces de réunification de sa personnalité. Dans cette perspective, l’eurythmie peut contribuer à redonner un équilibre précieux.

Article rédigé par Raymond Burlotte en collaboration avec un groupe de professeurs et de parents de l’école perceval
Texte publié initialement dans le livret “L’école Steiner, Une Pédagogie pour Aujourd’hui”

Mis en ligne le 27 Décembre 2016